Témoignage au Grand Procès de la RSE sur la gouvernance responsable

L’association est intervenue sur le sujet la gouvernance responsable au Grand Procès de la RSE, le 15 Juin 2023, en qualité de témoin d’un procès factive organisé à TSM Toulouse. Plus d’infos sur le Grand Procès: Accueil | Le grand procès de la RSE – Toulouse (grand-proces-rse.fr). Voici le témoignage complet.

Je témoigne ce soir au nom de l’asso les ateliers ICARE, une association de salariés, qui sont regroupés pour défendre une vision du travail compatible des enjeux socio-écologiques. Frédéric Berthelot membre de l’association, est présent également dans l’assemblée. Le but de mon témoignage est donc d’apporter une vision de l’intérieur de l’entreprise sur cette thématique de la gouvernance responsable.

Le gouvernance responsable (?), donc. C’est une belle histoire où la gouvernance est repensée pour renforcer l’utilité sociale de l’entreprise. La gouvernance responsable permettrait un meilleur équilibre des pouvoirs entre les différentes parties prenantes dont les salariés. De cette manière, la démarche RSE pourrait donc enfin s’imposer à la stratégie globale de l’entreprise, majoritairement orientée autour des aspects financiers.

Je suis ici pour témoigner que cette belle histoire, ça n’est pas mon monde. Je travaille dans un monde où les entreprises, même engagées dans la RSE, ne partagent pas la gouvernance avec les salariés. Le salarié n’a qu’un rôle : celui d’exécutant. Regardez votre contrat de travail, le mien est très clair: « le salarié s’engage à observer les instructions et consignes qui pourront lui être données par l’entreprise ». Pourquoi aussi peu d’ouverture pour une vraie gouvernance responsable, qui permettrait aux salariés de participer à la stratégie de l’entreprise ? C’est tout simplement que les objectifs financiers de l’entreprise ne sont pas négociables avec les exécutants. Une entreprise engagée dans la RSE va donc proposer des ateliers de co-construction sur l’écoconception avec les salariés, des plans pour mettre en place des fresques du climat, mais la gouvernance de l’entreprise restera une chasse gardée de la direction ou des actionnaires.

Je suis ici pour témoigner que cette belle histoire, ça n’est pas mon monde.

Je suis témoin d’un monde du travail où les entreprises, engagées ou pas, agissent dans une même économie de marché. C’est un monde du travail où la finance l’emporte systématiquement sur l’écologie, car à la fin il y a un banquier à rassurer, un actionnaire à satisfaire, et un client à aller chercher. Les objectifs donnés aux salariés en début d’année ne méritent pas concertation : il faut développer l’entreprise par la « croissance », la « compétitivité », et l’« innovation technologique ». Mais le problème, c’est que la croissance, c’est bien souvent plus d’émissions, plus de consommation d’énergie, plus de matériaux, plus de déchets.

Prenons ensemble un exemple avec Décathlon, champion de la RSE selon le dernier baromètre, avec des objectifs ambitieux de décarbonations et une volonté de vendre des produits d’occasion. Le champion de la RSE est-il champion de la gouvernance responsable ? Décathlon indique quant à sa gouvernance que leurs « coéquipier·ières sont responsabilisé·e·s pour agir dans leur quotidien. » Le quotidien c’est bien limité pour un sujet comme la gouvernance et l’on se demande si les salariés peuvent vraiment prendre de la hauteur sur la production de l’entreprise. Décathlon, c’est 270000 T de plastique vendu par an. Pourtant, ils ne se sont pas fixés d’objectif pour réduire cette quantité de plastique vendu : trop de risque d’impacter leurs ventes. Il y a juste un objectif pour supprimer le plastique à usage unique des emballages…Les sites de Décathlon c’est 103000T de déchets générés dans le monde. Pourtant, ils ne se sont pas fixés d’objectif pour réduire ces déchets. Ils se sont juste engagés à, comme ils disent, trouver des voies de revalorisation. Décathlon, enfin, c’est plus de 10 Mt de CO2 par an…sans objectif de réduction d’émission en valeur absolue. Franchement, qu’a-t-on à faire des diminutions d’émission en intensité (CO2 par € gagné) si les émissions en valeur absolue continuent d’augmenter ??? C’est ça notre champion de la RSE ? C’est ça le modèle pour l’entreprise de demain ?

Moi je veux croire à une autre histoire, celle que les salariés qui rejoignent les Ateliers ICARE portent en leur cœur. Je crois en une RSE sortie des tabous, qui questionne le capitalisme et le productivisme et aussi la finalité de son travail, qui se projette dans un monde décroissant et post-croissant. Qui voit la semaine de 4 jours ou la tenue des limites planétaires non pas comme des problèmes mais comme des solutions. Je crois enfin en une gouvernance responsable qui viendrait de la base, où chaque travailleur volontaire se posera des questions sur le sens de sa production, sur son impact sociétal, et aura les moyens de refuser de produire ce qu’il ne voudrait pas consommer.

chaque travailleur (…) aura les moyens de refuser de produire ce qu’il ne voudrait pas consommer.

Et vous, c’est quoi votre histoire ?

Témoignage apporté par Bruno Jougla, membre de l’association les Ateliers Icare.

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